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La paix au Nord-Kivu, qu’en pensent les jeunes gomatraciens ?

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Crédit photo : france24.com

Les causes de l’insécurité sont multiples au Nord-Kivu. Les jeunes vivant en ville de Goma ne veulent plus garder leur silence.

Au cours de l’émission Tasse de paix du 29 octobre 2020, ces jeunes ont donné leurs points de vue.

Les uns pensent que le manque d’emploi, le tribalisme, l’absence d’amour entre et envers les concitoyens, le manque de repères, l’ignorance… poussent les jeunes non seulement à s’enrôler dans les groupes armés mais aussi à s’investir dans le banditisme urbain. Ce qui les conduit à entretenir ou être manipulés dans l’activation de la haine interethnique.

D’autres par contre pointent du doigt les colonisateurs, les autorités politiques qui n’ont jamais été à la hauteur de mettre en place un plan de sécurité qui puisse permettre de faire efficacement face aux ennemis de la paix.

Le non-contrôle efficace des réseaux de télécommunication a aussi une grande part dans cette affaire, car, indiquent ces jeunes, plusieurs kidnappeurs utilisent les réseaux de télécommunication : airtel, Vodacom et Orange pour ; soit appeler les familles d’otages à leur apporter une rançon ; soit pour effectuer des transactions d’argent servant comme rançon.

Mais que pense le professeur Joseph KITAGANYA ?

Le professeur Joseph KITAGANYA, Directeur général de l’Institut Supérieur de commerce et Doyen de la faculté des sciences sociales, politiques et administratives à l’Université de Goma UNIGOM, croit que l’absence partielle ou totale du patriotisme dans le chef des jeunes congolais est à la base de l’insécurité au pays.

Il démontre que ce sentiment d’antipatriotisme fait que les congolais ventent les pays qui ne sont pas les leurs au lieu de chercher comment construire leur patrie. L’entretien de groupes armés est un signe convainquant que les citoyens qui les entretiennent sont dépourvus d’un sens de patriotisme.

Si les groupes armés pullulent dans la zone, ce n’est pas parce qu’ils sont soutenus et facilités par les mêmes fils du pays.

«Interrogez l’histoire récente de notre pays quand l’AFDL entre, certainement vous allez dire que ce sont des étrangers, mais soutenus par certains de nos compatriotes non ? Quand on va vous parle du RCD, facilement vous allez dire ce sont les étranges, mais est-ce qu’il n’y a pas nos compatriotes dedans ?

Quand on parle du CNDP, il n’y a pas vos compatriotes dedans ? Quand on parle du M23, il n’y a pas vos compatriotes dedans ? Aujourd’hui on parle du kidnapping dans le Rutshuru, vous avez suivi qu’il y a eu des tueries, plus de 8 personnes… Ce n’est pas possible.

Mais qui tue son compatriote ? Vous allez me dire que ce sont ces étrangers ? Quand on n’aime pas son pays, pensez-vous qu’on peut aimer son frère ? Ça, je m’en doute éperdument », a dit le professeur.

Actuellement, les citoyens ne mettent plus un accent sur la chose publique. Au lieu de privilégier l’intérêt commun du pays, au lieu de protéger la chose qui intéresse tous les citoyens de la RDC en général.

Ainsi, le patriotisme cède la place au ventriotisme. Sont ceux qui travaillent beaucoup qui sont dans la misère, pendant que les paresseux ont plus qu’il n’en faut… Les groupes armés se multiplient au pays et en province du Nord-Kivu en particulier.

Mais pourquoi ?

Le professeur attribue cet état des choses à la mentalité déjà encrée dans les cerveaux des nord-kivuciens qui pensent que pour accéder à un poste quelconque au niveau politique, militaire, la police, il faut passer par les groupes armés.

« Malheureusement, l’histoire montre que l’Etat Congolais n’a pas joué pleinement son rôle ! Comment on peut encourager quelqu’un qui a même tué, qui a violé, on négocie avec lui et on le récompense ?

Et les jeunes ont déjà en tête que pour être grand, il faudrait passer de groupes armés. Mais aussi, est-ce que quelqu’un qui aime son pays peut passer par un groupe armé ? », s’interroge l’invité.

Si la guerre perdure au pays et au Nord-Kivu, c’est parce que c’est grâce à cette dernière qu’il y a nombreux citoyens qui se sont enrichis. Et ceux-ci ne peuvent que privilégier la culture de la guerre car elle leur est bénéfique et rentable.

A cet effet, quelle solution envisager ?

« Moi je pense qu’il est temps de promouvoir ce qui peut nous unir et de dépasser ce qui peut nous diviser » pense le numéro un de l’Institut Supérieur de Commerce de Goma.

Même si la guerre peut avoir des avantages pour certains, mais dans notre pays, il faut le reconnaitre, elle est négative. Et cette négativité doit être ôtée des têtes des citoyens par la sensibilisation qui puisse les amener à prendre conscience, à écarter l’ignorance qui les pousse à faire des actes ignobles pour leur propre pays.  Cette sensibilisation doit être une affaire de tout le monde sans discrimination aucune.

En plus de ces stratégies, il faut entreprendre des actions de développement, la construction des routes par exemple. Si les routes étaient asphaltées, les bandits auraient du mal à arrêter un véhicule qui roule à 60 Km à l’heure. Et donc, les routes bien construites, sont aussi un facteur majeur pour la pacification du pays.   

Qu’est-ce qui bloquerait toutes ces actions ?

Ce ne sont pas les moyens qui manquent. Il y a de l’argent qui s’évapore, qui est détourné. Et si tout cela arrive, c’est parce qu’il n’y a pas d’esprit de patriotisme dans le chef des citoyens Congolais à tous les niveaux.

En 2016 par exemple, la RDC, alors qu’elle avait un budget de 4,5 milliards, la commission en charge de lutte contre la corruption avait indiqué que le pays avait enregistré une perte de 15 milliards de dollars par fuite des capitaux, une somme 3 fois plus élevée que le budget du pays.

Et en fin ?

Que chacun à son niveau fasse quelque chose pour ce pays : la cohabitation pacifique, la mise à l’écart de la haine tribale, la promotion des valeurs, éviter des pensées qui vont dans le sens de la scission de notre pays,…

« Nous devons être des vrais patriotes, nous devons aimer notre pays ». aconclu Joseph KITAGANYA

John TSONGO

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