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Une fille âgée de 9 ans employée comme fille de ménage témoigne. Une enquête exclusive du journaliste Fiston MUHINDO

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Le monde combat, tous les jours, le travail des enfants.

Selon les dernières estimations mondiales de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), l’Afrique en elle regorge plus de 59 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans victimes de ce fléau.

Ils sont soit agents de maison (domestiques), soit employés dans des mines. D’autres sont recrutés dans des groupes armés et des filles sont parfois victimes de l’exploitation sexuelle. Ici nous nous intéressons aux enfants domestiques (agents de maison).

Nous sommes en ville de Goma à l’Est de la RDC. Ici, ces enfants sont recrutés à partir de leurs villages pour être engagés en ville comme enfant de ménage. Selon nos investigations, l’enfant est l’utilisé par sa famille d’accueil et c’est la mère ou le père biologique qui bénéficie du salaire du travail de son enfant.

Pendant ce temps-là, l’enfant n’est au courant de rien. La seule chose qu’il connaît c’est qu’il vit au domicile d’un de membres de sa famille. Donc un enfant adoptif. Pourtant faux.

C’est le cas d’une fille d’environ 9 ans que nous avons rencontré à Goma à l’Est de la République démocratique du Congo. Nous menons cette enquête depuis 2019.

C’est vrai beaucoup d’enfant (en majorité des filles) sont victimes de cette pratique dans cette région.

Nous préférons l’appeler Aline pour garder l’anonymat en raison de sa protection. Elle est originaire de KABAMBA, un village de la province du Sud-Kivu. Elle a été amenée à Goma, traversant le Lac Kivu, en 2019 pour y vivre.

A l’en croire, c’est sa première fois de quitter son village. Elle vit dans un foyer à Goma où elle exécute tout genre de travail domestique c’est-à-dire : cuisiner, puiser de l’eau, laver les assiettes et les habits, prendre soin de trois enfants de ce foyer.

A la longueur de la journée, vous pouvez la rencontrer avec un bébé de 9 mois à son dos pendant que ses soit-disant parents adoptifs sont au travail.

A contrepartie, Aline bénéficie rien qu’à manger. Mais à quel prix ?

« Je garde les enfants, je lave les assiettes, les habits, balaye, torchonne, cuisine, puise de l’eau. Donc tout le travail.

On me donne seulement à manger. On ne m’achète pas les habits. Je suis venue avec ces habits que je porte. Si maman arrive pendant que je n’ai pas encore fini à travailler, elle me frappe », témoigne-t-elle.

Au village, sa maman reçoit chaque fin du mois 5 à 10 dollars américains comme salaire du travail de sa fille. Cette maman bouffe tout sans rien donné à son enfant. Personne ne se rappelle pas qu’Aline veut aussi étudier comme les autres.

Elle raconte :

« C’est papa qui m’avait envoyé ici. Je n’étudie plus. Je n’aime pas ce que je fais ici. Je vais rentrer à l’école, étudier comme tout le monde. »

Pour les activistes des droits des enfants, cette pratique n’est rien d’autre que de la traite des êtres humains. Janvier Murairi appelle à la conscience de toutes les parties prenantes pour décourager cette pratique.

« C’est un phénomène récurrent dans nos milieux. Il y en a ceux qui sont exploité sur le plan sexuel par leurs patrons. Des solutions doivent être trouvées. Il faut d’abord sensibiliser les parents et ceux qui utilisent ces enfants pour leur dire que sont des pratiques interdites non seulement par la constitution, par le code pénal mais également par des instruments internationaux ratifiés par le Congo dont la Convention des Nations Unies sur la lutte contre l’esclavage moderne. Je parle du pacte international relatif aux droits civils et politique, pacte relatif aux droits sociaux et économiques ; je parle également de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Il existe des poursuites judiciaires contre les récalcitrants », prévient l’activiste Janvier Murairi.

Notons que la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant adoptée en 1989 condamne toute forme de travail des enfants. En RDC, les actions contre ce fléau s’intéresse également au travail des enfants dans le secteur minier.

Reportage sur la journée contre l’esclavage des enfants. Un enfant de 9 ans témoigne de son calvaire. Un dossier signé Fiston Muhindo.

Fiston Muhindo

6 Commentaires

  1. Oui c’est une pratique que moi aussi je condamne, souvent certains parents le fait suite au manque de moyens,les autres mettent au monde plusieurs enfants ils manquent les nourrir c’est pour cette raison qu’ils commencent à transférer les enfants tantôt chez l’oncle ou tente,ou aux membres de famille comme de transfert d’argent.

    • Merci Mwamini pour votre commentaire.
      Pensez-vous que le fait d’envoyer un enfant vivre chez un de membres de sa famille contribue également à certaines formes d’esclavage des enfants ?

  2. C’est triste de voir un enfant de plus bas âge accomplir toutes ces tâches de manage. Les parents qui pratiquent cet esclavagisme aux enfants méritent d’être punis. Si possible retirez l’enfant Aline de cette famille. C’est mieux de sensibiliser tout parent faisant cette pratique d’arrêter. Montrez leur les conséquences que peuvent courir l’enfant dans son avenir…

    • Merci Siloé pour votre message.
      Avez-vous des recommandations ou propositions à adresser aux défenseurs des droits humains ainsi que l’Etat congolais ?

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