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L’insécurité cessera-t-elle à Masisi ? (Analyse)

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Crédit photo : rfi.fr

Quelles sont les principales causes de l’insécurité dans le territoire de Masisi ?

Cette question suscite plusieurs réactions dans les esprits de plusieurs habitants, même si celles-ci semblent converger.

Pour les habitants de la ville de Goma interrogés lors d’une interview d’opinion, l’insécurité dans le Masisi est due à la présence de la MONUSCO en RDC, la présence des populations Rwandophones incontrôlées, la non traque des rebellions, les conflits liés à la conquête des minerais, la manipulation politicienne et la mauvaise foi des propres fils de Masisi qui s’investissent eux-mêmes dans l’instigation de l’insécurité.

Modeste Amini Ntamugahumwa, président de l’union des jeunes pour la défense des droits des Agriculteurs et éleveurs du Nord-Kivu, structure basée jusque-là dans le Masisi, estime qu’à 95 % les conflits liés aux terres sont en tout cas à la base de l’insécurité dans ce territoire.

L’honorable Alexis BAHUNGA, député provincial élu du territoire de Masisi pour sa part, les conflits identitaires, la conquête des terres, l’ingérence dans le pouvoir coutumier et enfin le positionnement géopolitique et stratégique de ce territoire de Masisi l’exposent en tout cas au drame sécuritaire.

Comment BAHUNGA développe-t-il son opinion ?

« Pendant un temps, dit-il, il y a des populations qui sont venues du Rwanda, transplantées par des belges jusque dans le territoire de Masisi et après un long temps passé au niveau de ce territoire sans être reconnus comme Congolais, en un moment elles se sont senties privées de beaucoup des choses et elles ne se sentaient plus à l’aise d’être appelées Rwandaises ou Rwandophones.»

Ces mêmes populations se sont retrouvées sans terres, après le départ des colons Belges et cela a fait que plusieurs d’entre elles, envahissent les terres d’autrui, en les allouant et refuser de les restituer à leurs seigneurs par la suite, alors que la législation foncière coutumière différencie le vassal du seigneur.

Les populations Rwandophones ont franchi cette étape et ont commencé à s’ingérer dans la question du pouvoir coutumier et réclamer leur association à la prise des décisions au niveau local, pourtant s’exclame Bahunga, le pouvoir coutumier est lié à l’histoire, il a ses règles, il est lié à la lignée et aucun étranger n’a de droit de revendiquer sa participation à la gestion coutumière.

Cette incompréhension entre les populations autochtones et les populations Rwandophones au sujet du pouvoir coutumier a fait que naissent plusieurs groupes armés.

Ces groupes disent ne pas reconnaître la légitimité de certains chefs investis en n’ayant pas qualité de l’être. Cela a créé des soulèvements dans les chefs des populations propriétaires de ce pouvoir et qui se retrouvent envahies.

Ces personnes longtemps restées méconnues comme congolaises, l’ont été après un moment, elles ont occupé de grands postes stratégiques en politique. Elles sont ministres, elles sont députées et se disent maintenant: « Il est temps que nous puissions marcher sur ceux qui nous ont colonisé depuis longtemps et comme nous sommes déjà devenus démographiquement forts par rapport aux autres, nous devons chercher à les étouffer, cela étant,  quand il y a élections, nous devons tout faire pour que les autres ne puissent pas gagner les élections » a dit Bahunga. Cette thèse se confirmant, en 2011 ;  la contrée de Bahunde n’a eu aucun député national, alors qu’en 2006 elle en avait.

L’intégration des groupes armés dans l’armée, une entorse à la sécurité ?

 « Pendant un temps, chaque communauté dans le territoire de Masisi, que ce soient les Tembos, les Bahunde, les Tutsi, les Hutus et les autres étaient liées à un groupe armé. Aucune communauté n’a créé un groupe armé, non ! Mais chaque communauté était presque liée à un groupe armé.

Certains groupes armés de certaines communautés, ont été globalement intégrés dans l’armée alors que certaines communautés avaient déjà bénéficié de certains avantages liés à la création du mouvement rebelle à l’époque du RCD.

Avec le CNDP, on a intégré tous les groupes armés de certaines communautés ayant donc des contentions tribales, dans les FARDC. D’autres qui voulaient venir, appartenant à certaines autres communautés ; on leur a barré la route de s’intégrer dans les rangs des forces régulières.

Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, il y a une communauté qui a une vingtaine ou une trentaine des généraux et par conséquent, plusieurs officiers militaires viennent de cette communauté-là ; alors que d’autres n’en ont pas. Et leurs groupes armés qui allaient aussi subir le même traitement que les autres sont toujours rejetés.

Cela crée une frustration et suscite des questionnements si cela est une discrimination ou un favoritisme…

Les réponses à toutes ces questions font que des jeunes créent des groupes armés et deviennent des mongols, des Nyatura, des Mai-mai et consorts » … Poursuit BAHUNGA, pour développer sa thèse.  

Lorsque les rebelles, voient que leurs amis avec lesquels ils se sont amusés, planifié des opérations de coupage des routes, de pillage des vaches, des viols des femmes,… devenir des officiers supérieurs alors qu’eux continuent à sombrer dans la brousse, cela conduit à développer en eux le courage de poursuivre leur activisme avec espoir qu’en récompense au nom de la paix, le gouvernement pourra leur tendre la main et faire d’eux d’officiers et généraux sans aucun soubassement technique et/ou formel que ce soit.

La perpétuelle insécurité dans le Masisi n’est-elle pas l’émanation ou les séquelles des précédentes rebellions qui ont écumé précédemment ce territoire ?

Alexis n’écarte pas cette hypothèse. Les rebelles du RCD et autres ont armé la population et ces armes circulent encore dans la société avec toutes les conséquences néfastes possibles qui en découlent : l’insécurité.

Quelles solutions anticipatives à envisager ?

La première solution c’est la lecture du passé : « avant 1986, toutes les communautés disséminées dans le Masisi à l’occurrence les Bahunde, Batembo, Bahutu, Batutsi, cohabitaient et il n’y avait aucun problème ».

La deuxième solution « c’est la sensibilisation ou alors la mise en garde des politiciens à cesser d’instrumentaliser les populations et amener les gens à s’accepter tous mutuellement, à vivre donc ensemble » ;

La troisième solution « c’est amener chacun dans son prestime d’Etat, c’est-à-dire : que chaque personne retourne dans la contrée où elle était avant la guerre de 1993, car cette guerre avait disséminé beaucoup des gens dans plusieurs zones de la république fouillant l’insécurité ».

Il faut alors, que l’Etat à tous les niveaux (territorial, provincial) accompagne chacun dans son milieu d’origine sous l’œil vigilant de l’autorité tactique, la police et les services de sécurité, Et que chacun soit remis dans ses droits ; que celui qui avait une terre la recouvre ; …

Comme quatrième solution, il faut que les services de sécurité procèdent au ramassage des armes jadis distribuées dans la communauté à l’époque du RCD. « Ces armes là nous causent trop du tort. Aussi longtemps qu’on n’aura pas ramassé ces armes dans le territoire de Masisi, il n’y aura pas la paix dans ce territoire. Ii faut qu’on lance une campagne de ramassage des armes éparpillées dans la communauté » ;

La cinquième solution, c’est qu’il faut éviter l’égoïsme, la gourmandise, de chercher à étouffer les autres, il faut plutôt que les acteurs politiques acceptent de partager avec les autres, vu que Masisi est un territoire regorgeant plusieurs communautés.

Il faut que, lors des échéances électorales par exemple, toutes les communautés soient associées à la gestion de la chose publique cela permettrait à chaque communauté de se sentir à l’aise ;…

Etant donné « qu’on ne devient pas chef coutumier, mais on le naît », il faut que les gens cessent de s’immiscer dans les questions relatives au pouvoir coutumier, « que ceux qui ne sont pas de la lignée coutumière ou royale, n’ingèrent pas leur nez dedans », c’est telle qui demeure la sixième solution à l’insécurité dans le territoire de Masisi, note l’honorable Aléxis BAHUNGA que nous avons rencontré.

Le territoire de Masisi, connait de plus en plus l’activisme des rebelles Nyatura, Mai-mai et Ntuma Defense of Congo NDC, pour ne citer que ceux-là.

Entre fin Aout et début Octobre 2020, les incompréhensions entre les rebelles de la milice NDC, se sont soldées par leur éclatement en deux, l’aile NDC Rénovée conduite par Guidon SHIMIRAYI et NDC tout court, celle conduite par Bwira.

Le fondateur de ladite rébellion NDC, TABO TABERI TCHEKA, a été condamné ce lundi 23 Novembre 2020 à Goma, par la cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu.

Ce seigneur de guerre de grand chemin a été condamné pour viols, meurtres et crimes contre l’humanité, crime de guerre et enrôlement des enfants dans son groupe armé ; faits qu’il a perpétrés à l’endroit des populations civils dans les territoires de Walikale et Masisi entre 2009 et 2017, année où il se rendra à la MONUSCO, ce qui a déclenché son passage aux en veux et la suite des procès qui ont finalement abouti à sa condamnation en perpétuité.

John TSONGO

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